L’UQAM, un viaduc gravement fissuré

L’UQAM est le fruit de la Révolution tranquille. Elle permet à des milliers de Québécoises et de Québécois de franchir plus aisément les multiples obstacles à l’éducation supérieure. Depuis sa création en 1969, ce sont des milliers de citoyens issus de milieux populaires ou en situation d’emploi ou dont le parcours n’est pas celui qui permet l’accès à l’université traditionnelle qui ont emprunté ce viaduc. Ils ont ainsi pu améliorer leur condition de vie et par là même celle du Québec tout entier. Ce viaduc a permis à la société québécoise de se peupler de personnes plus instruites, plus cultivées, d’artistes, de gestionnaires, de penseurs, de scientifiques, de personnes plus critiques et mieux outillées pour agir, décider et accéder à des postes clés.

À partir de ses 11 professeurs fondateurs, le Département des sciences biologiques s’est construit au cours de ces quarante ans pour devenir ce qu’il est aujourd’hui: un leader québécois en recherche et en enseignement de la biologie. Il a formé des milliers de Québécois et Québécoises par ses programmes de certificats, de baccalauréat, de maîtrise, de doctorat. Ses finissants travaillent en tant que consultants, chercheurs et directeurs dans le monde de la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, dans les organismes gouvernementaux, dans des compagnies nationales et internationales dans le domaine de la pharmaceutique et des biotechnologies. Aujourd’hui ses professeurs exercent un leadership au Québec dans plusieurs domaines des sciences de la vie. Ses experts regroupés dans des centres de recherche dont le Centre d’Étude sur la Forêt (CEF), le groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), le centre en toxicologie de l’environnement (TOXEN) et le centre de recherches biomédicales (BIOMED) rayonnent tant au Québec qu’à l’étranger. Leurs expertises uniques profitent à l’ensemble de la société québécoise. Le département est celui qui à l’UQAM obtient le plus de subventions de recherche, près de 8,5 millions $ en 2007, ce qui le classe parmi les plus subventionnés du Québec. Il illustre à sa manière le chemin parcouru par l’ensemble des départements de l’UQAM depuis 40 ans. Mais aujourd’hui il faut savoir que le viaduc UQAM souffre de sous-investissement et son effritement s’accentue. Une fissure béante menace maintenant sa survie.

D’où vient cet effritement?

Selon une étude d’un comité de sages formé par le recteur de l’UQAM, son sous-financement chronique provient essentiellement de la formule utilisée par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport pour calculer la subvention qu’il alloue à chaque université. Cette formule, fondée essentiellement sur le nombre d’étudiants à temps complet, sous-estime le coût réel des étudiants à temps partiel. C’est précisément à l’UQAM, de par sa mission particulière, qu’on en retrouve la plus haute proportion au Québec.

Quelles sont les conséquences de ce sous-financement?

Le rapport d’une firme indépendante commanditée par la direction de l’UQAM, le rapport AON, établit que les professeurs de l’UQAM gagnent en moyenne 10% de moins que ceux des autres universités au Québec. Quelle relève professorale peut-on anticiper pour une université qui embauche avec des salaires 10% moins élevés qu’ailleurs? De plus, le rapport entre le nombre d’étudiants par professeur à l’UQAM est le plus élevé du Québec. Il faudrait ajouter des centaines de postes simplement pour arriver à un niveau comparable à celui des autres universités. C’est la disponibilité même de l’encadrement aux cycles supérieurs, à la maîtrise et au doctorat, et l’amélioration de notre capacité d’offrir des programmes de qualité au premier cycle qui pâtissent du manque de professeurs à l’UQAM.

«Mais soyons réaliste, c’est la crise»…

À ces demandes de justice le gouvernement répond qu’il n’a pas d’argent. Ses coffres sont vides. En ces temps de crise l’argent est plus rare soit, mais il en existe tout de même. S’il en manque pour réinvestir dans l’UQAM, c’est qu’on choisit plutôt d’investir des milliards dans les infrastructures et le casino. Ces dépenses sont certes utiles, quelquefois nécessaires, mais n’est-il pas aussi générateur de richesse d’investir dans la connaissance, l’intelligence et le savoir? Ne sommes-nous pas de plus en plus dans une société du savoir? Nous avons tous le devoir de préserver l’UQAM afin de lui permettre de servir de viaduc aux milliers de québécois qui viendront après nous.

Le temps presse. Négliger l’UQAM maintenant, c’est accepter son effondrement progressif et l’affaiblissement à coup sûr de la nation québécoise.

Luc-Alain Giraldeau

Directeur, Département des sciences biologiques

Et les professeures et professeurs

Diana Averill, Benoît Barbeau,Yves Bergeron, David Bird, Louise Brissette, Normand Chevrier, Pierre Drapeau, Daniel Gagnon, Jean-François Giroux, Sami Haddad, Mario Houde, Catherine Jumarie, Yves Mauffette, Julie Lafond, Sylvie Laliberté, Monique Lortie, Christian Messier, Catherine Mounier, François Ouellet, Pedro Peres-Neto, Nicolas Pilon, Dolors Planas, Yves Prairie, Denis Réale, Roland Savard, Tatiana Scorza, Wanda Smoragiewicz, William Vickery, Tim Work.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :