Monsieur Allaire, la Caisse de dépôt et la «gouvernance» des organisations

Le Devoir du 27 mars nous rapporte que Monsieur Yvan Allaire, membre du Conseil d’administration (CA) de la Caisse de dépôt et placements du Québec,a expliqué, devant les doctes membres du «Cercle de la finance internationale», tout ce que la Caisse de dépôt n’aurait pas dû faire. À un auditeur — peut-être ironique — qui lui a demandé s’il avait soulevé ces questions aux réunions du CA, Monsieur Allaire a répondu: «Non, l’occasion ne s’est pas présentée»! Il ne dit pas si cela est dû à des absences physiques de sa part ou s’il était seulement l’esprit ailleurs… Tout cela est utile à savoir de la part de quelqu’un qui préside un «Institut sur la gouvernance» qui a proposé à la ministre de l’Éducation de modifier la composition des Conseils d’administration des universités pour en évincer, à toutes fins pratiques,les professeurs, étudiants et autres employés de façon à ce qu’ils soient majoritairement composés de membres externes sous prétexte que les personnes trop liées à l’institution ne seraient pas «objectives » ou seraient en conflit d’intérêt! Or, non seulement la réalité est-elle l’inverse de ce que prétend ce rapport fondé sur aucune des nombreuses études sur la gestion des universités, mais maintenant on voit qu’au moins un des auteurs de ce rapport de soi-disant experts en «gouvernance» (nouveau mot magique), confirme une fois de plus le vieux dicton du cordonnier mal chaussé… Il montre en pratique que les membres externes d’un CA sont souvent de peu d’utilité. Raison de plus de s’opposer au projet de loi sur la «gouvernance» des universités que la ministre s’apprête à redéposer et de rappeler que ce sont plutôt les gens les plus impliqués qui ont intérêt à garder les yeux ouverts lors des réunions de CA. Ainsi, face aux projets de grandeur de nombreux recteurs, ce sont toujours les professeurs, les étudiants et les employés qui ont été les plus vigilants et les plus critiques au sein des CA des universités. À bon entendeur, salut!

Yves Gingras
Professeur, Département d’histoire, UQAM

 

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