Lettre à Isabelle Hudon

Montréal 4 avril 2009,

Madame Isabelle Hudon

Présidente,

Conseil d’administration,

Université du Québec à Montréal

 

Madame,

Votre silence m’étonne!

J’ai toujours cru que l’acceptation d’un poste de direction d’un Conseil d’administration était le fruit d’une réflexion certaine sur l’institution dont on accepte de présider les destinées. Certes, on ne peut tout connaître au départ, mais, me semble-t-il, il va de soi que l’on ne saurait accepter une telle nomination sans avoir un profond intérêt pour cette institution et sans partager une vision congruente de ce qu’elle est, de ce qu’elle produit et réalise et de ce que l’on est prêt à contribuer pour son avancement.

Je ne peux imaginer que votre acceptation du poste de présidente du Conseil d’administration de l’UQAM se soit faite autrement.

Pour ma part, je suis professeure à l’UQAM depuis 1994. Ce choix s’est inscrit dans la suite logique d’un changement de carrière qui m’a menée de l’immuno-hématologie au droit en passant par l’UQAM. En effet, après plus de 20 ans dans le secteur de la santé, je suis revenue aux études dans cette université ouverte aux gens qui, comme moi, souhaitent opérer un changement et aller plus loin. J’y ai obtenu mon baccalauréat (1985-1988), tout en travaillant à temps plein; puis, ma maîtrise (1988-1990), en complétant parallèlement l’admission au Barreau; enfin, j’ai quitté l’UQAM pour l’Université de Montréal afin de compléter mon doctorat. De ce parcours, je retiens la qualité de la formation  reçue à l’UQAM qui m’aura permis d’accomplir cette épopée et d’acquérir la rigueur essentielle à l’excellence en recherche. C’est cette dernière qui m’a ramené à l’UQAM, cette fois, à titre de professeure.

J’ai fait le choix de l’UQAM en connaissance de cause. Depuis mon entrée en fonction, j’ai enseigné et j’enseigne au certificat, au baccalauréat, à la maîtrise et j’encadre et forme plusieurs étudiants dans leurs travaux de recherche. En recherche, j’ai contribué principalement aux travaux de deux groupes de recherche, l’un à l’UQAM et l’autre, à l’Institut de recherche clinique de Montréal. Parallèlement, j’ai aussi assumé pendant douze ans des fonctions de direction, d’abord aux cycles supérieurs de mon département, puis au vice-décanat aux études de la Faculté de science politique et droit.

Mais, à l’UQAM, cela ne signifie pas que la tâche est complète en raison des besoins illimités au plan de la contribution à l’administration de cette institution. J’ai donc accepté de nombreuses nominations institutionnelles et départementales sur des commission, comités et groupes de travail allant de la Commission des études au Comité d’éthique de la recherche, au Comité de la réforme du Règlement sur les études de cycle supérieur,  au Comité exécutif départemental,  aux comités d’embauche, d’évaluation des professeurs, au sous-comité d’admission et d’évaluation des programmes de cycle supérieur, au comité de programme du doctorat pour n’en nommer que quelques-uns. Bon an mal an, cela signifie près d’une dizaine de comités nécessitant entre dix et quinze heures semaines.

En janvier 2007, j’ai aussi accepté de présider le comité sur l’intégrité académique et la réforme du règlement sur les infractions de nature académique. D’un mandat plutôt restreint au départ, ce comité, réunissant une dizaine de collègues, a vu son travail évoluer vers la réforme complète du règlement ainsi que des normes et procédures qui en découlent; le tout, à travers plusieurs consultations de l’ensemble des personnes impliquées dont la Commission des études, les facultés, les directions de département, les enseignants, les étudiants et le personnel. Son entrée en vigueur, en janvier dernier, a marqué le passage vers  l’implantation avec la création d’un logiciel de gestion, l’information destinée à la collectivité et la formation des enseignants soit, quelque 40 formations à intégrer dans mon horaire de professeure ayant, toujours par ailleurs, deux cours à dispenser, l’un au premier, l’autre au deuxième cycle des programmes de droit.

Ces quelque 40 formations ajoutées à ma tâche ont donné lieu au versement d’une «prime» de 4000$ (communément nommée dans cette université «dégrèvement» lorsqu’on parle des professeurs) versée au fonds d’appui aux activités pratiques des étudiants du baccalauréat en droit.

Si je me suis permis, en m’adressant à vous, d’aller dans ce niveau de détails, c’est pour témoigner de ce que signifie l’expression «l’UQAM, c’est nous». Hé oui, lorsque l’on fait le choix de l’UQAM, c’est parce que l’on est prêt à s’investir sans compter dans l’enseignement, la recherche (pourquoi croyez-vous que nous sommes la 6e université à l’échelle canadienne en termes de financement  en sciences humaines?) et les services à la collectivité.

Mais vous, Madame, qu’avez-vous investi depuis que vous avez fait le choix de l’UQAM?

Devons-nous comprendre que votre silence témoigne de votre investissement pour assurer le développement de cette université?

Si tel est le cas, je ne peux que m’interroger sur «votre choix pour l’UQAM» en vous invitant  à joindre les rangs de celles et ceux qui parlent fort pour préserver les forces de cette institution et défendre son droit à une place pleine et entière dans le milieu universitaire québécois.

Uqamiennement vôtre,

Diane L. Demers, Ll. D.

Professeure, Département de sciences juridiques

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