L’UQAM et la sortie de la crise

Les plans de relance de nos gouvernements ne doivent pas ne viser que des objectifs de court terme, particulièrement à travers des investissements dans les infrastructures qui font le bonheur de certains entrepreneurs en construction. Ces plans ont aussi l’obligation de résultats dans le long terme. Il faut préparer la société québécoise à la sortie de crise. La «nouvelle économie» reposera sur une solide formation de niveau post-secondaire. La formation des travailleuses et des travailleurs du Québec doit faire l’objet d’une grande attention.

Le financement des universités et des CEGEP devrait constituer un élément important de la résistance à la crise actuelle et à la stratégie de sortie de crise. La société québécoise doit se donner les moyens d’être plus forte lorsque la fin de crise arrivera. Les ressources naturelles ne seront plus des secteurs aussi porteurs qu’avant. Il faut compter sur de nouveaux savoirs et sur la capacité de s’adapter. Le haut niveau des formations techniques et fondamentales sera l’atout de l’avenir. Le Québec ne peut se passer de l’un de ses acteurs majeurs depuis quarante ans, l’Université du Québec à Montréal (l’UQAM). Les revendications des membres du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ) doivent être considérées par le Gouvernement du Québec qui est le véritable interlocuteur du SPUQ, dans cette négociation.

Autant il est honteux pour notre société de provoquer un niveau de décrochage scolaire inqualifiable, autant la négligence de soutenir correctement la formation post-secondaire est consternante pour le Québec. Les enjeux du conflit à l’UQAM vont bien au-delà d’un conflit de travail, ils reflètent l’importance que le Québec accorde à son développement. L’UQAM fête actuellement ses quarante ans, sa mission de départ était d’assurer l’accessibilité aux études supérieures, mission remplie. Cette université publique doit être sauvée.

Les enjeux sont simples. Il manque au moins 300 professeurs à l’UQAM pour remettre cette jeune université à la hauteur des autres universités québécoises. Mais comment recruter, même sur plusieurs années, des professeurs et des professionnels en offrant des niveaux de salaire très inférieurs aux autres et en proposant des conditions de travail dégradées? La course au recrutement dans toutes les universités est féroce. L’environnement du travail et particulièrement les moyens accordés pour fins de recherche sont déterminants à l’embauche de ressources humaines de plus en plus rares et donc très sollicitées. Pour vous en convaincre, allez voir les pages «carrières et professions» du Devoir.

Le Gouvernement du Québec répugne à s’engager dans des dépenses récurrentes, déficit-zéro oblige. Pourtant, les retombés des investissements dans le savoir seront plus bénéfiques que ne le pensent nos politiciens. Sans doute pour eux les routes et les ponts, les casinos et les gros centres hospitaliers sont de bien meilleures affaires avec leurs milliards. Les pauvres 30 ou 40 millions nécessaires à l’UQAM ou les 300 millions réclamés par les établissements post-secondaires sont sans doute trop extravagants aux yeux de nos grands gestionnaires. Il est sans doute bien d’investir dans les infrastructures, mais il est encore plus essentiel de penser aussi à l’avenir.

 

Bernard Élie, professeur retraité et associé

Département des sciences économiques de l’UQAM

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