Appel à la grève globale en support à la recherche et à la création

Par François Bergeron, professeur au Département de mathématiques

L’histoire démontre que les artisans de la révolution tranquille ont vu juste lorsqu’ils ont identifié l’éducation et le développement de la recherche comme leviers essentiels pour transformer le Québec en une société moderne et dynamique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont pensé qu’il était opportun de créer le réseau des Universités du Québec. Il est de plus clair que, dans toutes les sociétés avancées, l’on attend de l’institution universitaire qu’elle joue un rôle de catalyseur pour la recherche fondamentale, en plus de son rôle de formation de pointe. On demande donc aux professeurs universitaires de consacrer une portion significative de leur travail à une recherche ou une création de haut calibre, comparable à ce qui se fait sur la scène internationale. C’est ce qui distingue le professeur universitaire du chargé de cours, ou du professeur de collège, qui œuvrent aussi dans l’enseignement supérieur. 

D’autre part, le Québec se démarque par le fait que c’est au CÉGEP que se donne l’équivalent de la première année universitaire des autres universités d’Amérique du Nord. Comme la recherche ne fait pas partie de la tâche des professeurs de CÉGEP, il en résulte un important déficit de chercheurs pour le Québec lorsqu’on le compare au reste du Canada, ou aux États-Unis, où les professeurs œuvrant à ce qui correspond au niveau de la seconde année du CÉGEP sont tous des professeurs universitaires. C’est ce qu’on pourrait appeler un déficit structurel dans le nombre de chercheurs au Québec.

Un phénomène peut-être plus conjoncturel, minant directement le nombre de chercheurs universitaires au Québec depuis maintenant plusieurs années, est le sous-financement chronique des universités québécoises. En effet, pour arriver à boucler leurs budgets trop étriqués, celles-ci font de plus en plus appel aux chargés de cours pour dispenser l’enseignement.  Il semblerait que la situation soit semblable dans toutes les universités du Québec, où plus de la moitié des cours serait donnés par des chargés de cours. C’est certainement le cas à l’UQAM où la la proportion de cours de premier cycle donnés par des chargés de cours est de 60%. Sans parler de l’impact que cela peut avoir sur la formation des étudiants, malgré l’excellent travail fait par les chargés de cours, le résultat global est un autre déficit de chercheurs qu’on peut espérer n’être que conjoncturel.

Lorsque l’on additionne ces deux déficits, structurel et conjoncturel, la situation devient pour le moins alarmante, d’autant plus que le Québec se trouve aujourd’hui à une époque charnière pour le renouvellement de son corps professoral. En effet, c’est maintenant que partent à la retraite un grand nombre des professeurs universitaires qui ont contribué à développer de façon spectaculaire la recherche au Québec depuis la révolution tranquille. Il faut certainement assurer une relève de qualité si le Québec tient à conserver ses avancées dans le domaine.

Un autre aspect de la question semble susceptible d’hypothéquer encore plus la capacité de recherche des professeurs universitaires du Québec. En effet, toutes les universités du Québec paraissent confrontées à une remise en question par le gouvernement du Québec de la tâche des professeurs universitaires, avec l’objectif apparent d’en augmenter la composante enseignement. On fait face ici à une vision réductionniste du rôle des universités qui tend à limiter leur mission à celle de la simple formation de personnel hautement qualifié. Bien sûr les universités jouent aussi ce rôle, mais la différence entre les sociétés en voie de développement et les sociétés avancées, s’observe clairement dans l’importance qu’on y accorde à la recherche de haut niveau. La vision gouvernementale semble ici totalement à courte vue. 

C’est toute cette situation qui sous-tend les revendications majeures des professeurs de l’UQAM. Le but de la présente grève est de passer clairement le message au gouvernement qu’il y a maintenant urgence d’agir, après des années de sur place. En fait, toutes les universités du Québec devrait logiquement emboîter le pas et s’unir derrière la revendication d’un accroissement significatif du corps professoral au Québec, et du maintien de conditions adéquates pour mener à bien les diverses exigences de la mission universitaire.  Le contexte de récession dans lequel nous nous trouvons tous doit être perçu comme une raison supplémentaire d’agir en ce domaine, comme l’ont judicieusement constaté non voisins du sud.

 

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :