UQAM : collection printemps

Après les longs mois d’automne et d’hiver, au cours desquels l’UQAM a été représentée dans les médias comme l’enfant honteux de l’incompétence et de la malhonnêteté, voici que l’on dévoile ces jours-ci le prêt-à-porter de la collection printemps 2009. Dans des tissus plus légers, aux tons pastel, les médias font maintenant état du bien-fondé des demandes professorales, éclairées faut-il comprendre par la publication du rapport AON.

Comme si le rapport en question disait autre chose que ce que les profs et leur syndicat soutenaient déjà depuis 21 mois, et comme si ces demandes n’avaient pas eu de légitimité ou de crédibilité avant d’être cautionnées par un rapport comptable (un autre) qui aggravait encore la lourde facture de l’UQAM en stricts termes d’expertises externes.

Mais il y a un os. Si, en substance, on convient que les profs ont raison, c’est pour ajouter aussitôt, comme le fait Marie-Andrée Choinard dans Le Devoir du 25 mars « attention, en contexte de crise il faut garder de la mesure ».

Comme si c’était la démesure qui était au programme de ce qu’on reconnaît pourtant comme légitime, — jusque dans des expertises comptables — aux profs et aux étudiants de l’UQAM.

Comme si, depuis sa fondation, l’UQAM n’avait jamais cessé de se conduire en cowboy et de demander la lune alors que ses profs n’ont pas fait la grève depuis plus de 30 ans en dépit des occasions, qui n’auraient pas manqué c’est le moins qu’on puisse dire.

Or, les gouvernements successifs du Québec n’ont jamais cessé de demander à l’UQAM d’être gentille, de patienter, d’attendre que « la crise » (n’importe laquelle, c’est un pattern) se passe, de faire des sacrifices, etc. On arrangerait ça « après ». 

En même temps, ils n’ont jamais cessé de représenter l’UQAM, au terme de tous les sacrifices consentis et de toutes les coupures subies, comme une institution  abusive, intransigeante, coûteuse, sinon ruineuse. Sans aucun égard à la mission particulière -université accessible, populaire et démocratique- dont on l’a chargée il y a 40 ans, le 1er avril 1969. Cette mission fait-elle si peur aujourd’hui? Est-il devenu si difficile de prononcer publiquement ces mots-là, et de défendre politiquement ces valeurs-là?

Le silence des médias au sujet des causes réelles de cette crise et de ses véritables enjeux est assourdissant. C’est une chose de parler de la dérive financière d’une université. C’en est une autre de garder le silence sur les dérives de la privatisation et de la loi de gouvernance qui la mettent à sac, et qui ne concernent pas seulement l’UQAM, il serait bon de s’en apercevoir, mais l’ensemble des universités et des collèges du Québec.

René Lapierre, 

Études littéraires

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :