Lettre à la direction

Monsieur le Recteur Claude Corbo

Monsieur le Vice-recteur Robert Proulx

Madame la Vice-rectrice Monique Goyette

 

C’est avec une grande tristesse que j’ai pris connaissance de la proposition que vous avez faite vendredi aux professeurs de l’UQAM.

Je vais aller droit au but. Ce qui me blesse profondément c’est le message que je reçois de votre part concernant la quantité et la qualité de mon travail à travers votre proposition de prendre la prochaine année pour :

 « procéder à l’examen en profondeur de l’organisation du travail, notamment la tâche et ses modalités de gestion… afin de s’assurer que les budgets alloués sont utilisés de façon optimale à la réalisation de la mission académique de l’institution ».

 Cette phrase est blessante de par les insinuations qu’elle contient implicitement lorsqu’on mentionne la nécessité d’examiner la tâche des professeurs afin que les budgets soient utilisés de façon optimale. Nul besoin d’une analyse de texte approfondie ou d’une compétence particulière en analyse de discours pour comprendre que cette phrase signifie que la direction de l’UQAM considère qu’à l’heure actuelle, les professeurs n’accomplissent pas leurs tâches d’une façon optimale. Cela malgré le fait que le rapport AON, commandé par l’administration de l’UQAM ait conclu que notre tâche était comparable à celle des professeurs des autres universités québécoises.

Depuis que je suis à l’UQAM, je me dépense sans compter pour cette institution que j’ai à cœur. J’ai toujours accepté de participer aux nombreux comités pour lesquels on m’a approché et accepté des responsabilités sans jamais réduire d’un cran mon investissement en enseignement; j’en veux pour preuve que j’ai reçu le prix d’excellence en enseignement de la Faculté des sciences humaines en 2008. Au cours des dernières années voici un aperçu de quelques unes des responsabilités que j’ai acceptées au sein de notre institution :

Au sein de mon département et de façon non exhaustive :

–       membre du comité des études de premier cycle

–       membre du comité des études de cycles supérieurs

–       membre du sous-comité d’admission et d’évaluation des études de cycles supérieurs

–       membre du comité de régie du Centre de services psychologiques

–       Responsable des stages de la section psychodynamique

–       Membre du comité de révision des plans de cours modèles

–       Représentant du département de psychologie à la testothèque

–       Membre de comités de sélection de professeurs

–       Responsable du sous-comité du CECS sur les normes de thèse de D.Ps

–       Membre du Comité des ressources professorales du département de psychologie

–       Membre du comité départemental pour le programme de certificats d’excellence académique de la Société Canadienne de Psychologie

–       Directeur du programme d’études de cycles supérieurs en psychologie

–       Directeur du département de psychologie

Au sein de la Faculté des sciences humaines et de façon non exhaustive :

–       membre du comité sur la recherche

–       membre du comité de régie

–       membre du Conseil de la faculté

–       membre du comité d’éthique

–       membre du comité facultaire de réflexion sur la formation à distance

–       membre du comité facultaire de priorisation des ressources audiovisuelles

 

Au sein de l’UQAM et de façon non exhaustive

–       Membre du comité institutionnel de l’UQAM sur les co-tutelles

–       Négociation de l’association du programme des cycles supérieurs de l’Université du Québec à Hull

–       Président d’un comité institutionnel d’évaluation des bourses CRSH

–       Membre de comités de révision de l’évaluation professionnelle de professeurs

–       Administrateur délégué du département de linguistique et de didactique des langues

–       Membre du comité d’administration de la Chaire en déficience intellectuelle et troubles de comportement.

Si vous voulez quantifier mes tâches, sachez que je travaille en moyenne 55 heures par semaine depuis des années.

Depuis que je suis directeur de département, il est habituel que je doive rédiger divers documents et rapports durant la fin de semaine. Mes activités de directeur me permettant difficilement de préparer mes cours durant la semaine, c’est le dimanche que je prépare mon cours du lundi matin. Et à titre de directeur de département, je reçois une prime qui équivaut à 91 cents de l’heure après impôt, ce qui fait bien rire mes collègues directeurs d’autres université.

En plus de mes tâches administratives, non seulement je me dois d’enseigner, ce que je fais avec plaisir et avec une certaine compétence si j’en crois la reconnaissance que la Faculté des sciences humaines m’a attribuée, mais je dois aussi continuer à faire de la recherche, à publier mes travaux et à diriger les recherches de mes étudiants. Quand, croyez-vous, ai-je le temps de rédiger mes publications? Je les rédige durant les fins de semaine et même durant mes vacances d’été (ce qui a été le cas pour deux de mes livres). Je ne me suis jamais plaint de cette quantité de travail, un professeur ne compte pas ses heures et il n’a pas d’horaire.

Cependant, votre proposition d’examiner ma tâche, mais surtout la façon dont cette proposition est formulée, a une allure de mépris et sème le doute sur le lien vous unissant à la communauté universitaire. Les professeurs d’université ne sont pas des ouvriers qui tournent la page lorsqu’ils ont travaillé leurs 35 heures par semaine. Ce sont des intellectuels passionnés et idéalistes qui ne comptent pas leurs heures et qui travaillent soirs et fins de semaines pour l’avancement des idées, pour la transmission des connaissances et pour le rayonnement de leur université. On ne peut non plus réduire la tâche d’un professeur au nombre d’heures consacrées à l’enseignement à moins que l’on désire un virage majeur dans les responsabilités qui lui incombent, notamment au niveau de la recherche et de l’avancement du savoir. Si l’UQAM a enfin réussi à se positionner comme une université de qualité c’est par l’investissement acharné de près de mille professeurs. Les dénigrer pourrait être une stratégie de négociation à courte vue.

Malheureusement, par cette phrase au ton méprisant au sujet de nos tâches professorales vous mettez en péril, sciemment ou non, le lien de confiance et d’identification qui vous liait aux professeurs. Je le regrette d’autant plus que je m’identifie fortement à l’UQAM et que je pense avoir contribué à sa valeur que je vois aujourd’hui menacée par une vision marchande et anti-intellectuelle de l’enseignement supérieur. Je vous invite donc à faire un geste pour réparer l’effet de mépris que vous avez causé et à montrer que vous êtes prêts à contribuer avec nous à l’essor de l’UQAM que nous avons tous à cœur.

Veuillez accepter mes salutations respectueuses

 

Louis Brunet, Ph.D.

Directeur du département de psychologie

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