GRÈVE: FAQ

FOIRE AUX QUESTIONS

Beaucoup de choses se disent au sujet de la grève des profs de l’UQAM. Rétablissons la vérité sur ces déclarations que l’on entend à droite et à gauche:

– Les profs font plus de 100 000$ par année, de quoi se plaignent-ils?

D’abord, c’est loin d’être le salaire de tous les profs, qui n’atteignent ce cap que vers la fin de leur carrière. Ensuite, il se trouve que les profs de l’UQAM sont moins payés, pour le même travail, que ceux des autres universités du Québec. Il y a là simplement une injustice à corriger. En outre, au moment où les universités sont en plein renouvellement de leur corps professoral, des conditions salariales nettement inférieures à la moyenne québécoise (comme c’est le cas à l’UQAM à l’heure actuelle) risquent d’empêcher l’UQAM d’aller chercher les meilleurs ressources – ce qui est préjudiciable à son avenir et à celui de ses étudiants.

– La grève ne vise qu’à accroître le salaire des profs.

Non. Elle vise aussi à accroître de 300 le nombre de profs réguliers de l’UQAM.

– C’est la crise économique, comment osent-ils se mettre en grève?

En période de crise économique, les infrastructures sont à privilégier, pour faciliter et accélérer le retour à la normale. Les universités sont des infrastructures d’enseignement supérieur, sur lesquelles la société s’appuie pour se renouveler et se développer. Il est donc important de les entretenir et de maintenir un effort dans leur direction, surtout en période de crise, d’autant que beaucoup de gens risquent de prolonger, justement à cause de la crise, leurs études, voire de revenir aux études.

– Les profs travaillent très peu. Juste 6h de cours par semaine

L’enseignement n’est que l’une des nombreuses tâches des profs, qui doivent participer à des comités en tous genres, encadrer des étudiants, corriger des travaux, mémoire, rapports et thèses, écrire des articles, faire de la recherche fondamentale et/ou appliquée, préparer les fameux cours et les mettre à jour. Selon une étude de la fédération des professeurs du Québec, le nombre d’heures travaillées par les profs est plutôt de l’ordre de 60 heures par semaine. Et cela inclut les soirs et les fins de semaine.

– Les profs prennent les étudiants en otage.

Au contraire. Les étudiants sont au courant du sous financement de leur université et de la difficulté d’aller chercher de nouveaux profs de haut niveau à cause des conditions de travail actuelles de l’UQAM. Ils savent aussi que le ratio étudiants/profs de l’UQAM, qui est le plus élevé du Québec, les désavantage dans leur formation. Ils soutiennent donc le mouvement même si cela les handicape en ce moment dans leur session. La majorité des associations étudiantes soutiennent la grève.

– Les profs s’opposent à la loi sur la gouvernance des universités. C’est purement idéologique, alors que cela éviterait de nouveaux dérapages comme l’Îlot Voyageur.

La loi Courchesne propose de donner une majorité aux membres externes sur les conseils d’administration des universités. C’est cette loi qui est idéologique car elle vise à diriger des institutions d’enseignement comme des entreprises privées. C’est aussi peu approprié que de penser qu’un chirurgien va mieux réparer votre voiture qu’un mécanicien. De plus, on a vu avec la Caisse de dépôt que les administrateurs privés peuvent se tromper royalement, ce n’est donc pas une assurance de qualité, loin de là.

– L’UQAM est toujours en grève. Elle va se saborder.

La dernière grève des profs date de 1976. Une très large majorité des étudiants n’était pas née. Ce n’est certes pas un bon moment mais l’administration ne laisse pas le choix aux profs, puisqu’elle ne propose rien, près de deux ans après que la convention collective soit arrivée à échéance. Par ailleurs, les problèmes de l’UQAM ont été étalés en long et en large sur la place publique, mais la plupart des autres universités ont eu ou ont de graves problèmes financiers, mais on leur a épargné la mauvaise publicité faite à l’UQAM.

– Et les autres corps de métier de l’UQAM?

Il y a déjà les maîtres de langue, dont les conditions sont encore pires, et qui ne se voient pas non plus offrir la moindre offre, les employés (le SEUQAM) et les étudiants employés (SÉTUEE) qui eux aussi ont des conventions collectives échues et qui demandent eux aussi à négocier. La grogne est générale, hélas.

– Quand rentrez vous au travail?

Le plus tôt possible. Les profs, et toute l’UQAM, ont bien d’autres choses à faire. Qu’on négocie, qu’on règle le tout au plus vite et mettons nous au travail. Nous sommes prêts !

– La grève, fait l’affaire de l’UQAM puisqu’elle permet à celle-ci de faire des économies.
Non. Le ministère de l’Éducation retient la portion de sa subvention équivalant aux journées de grève.

– Les profs devraient attendre à l’été pour faire la grève, cela dérangerait moins.

En effet, ça dérangerait moins… la direction de l’UQAM! Il faut garder à l’esprit qu’en dehors des trimestres d’hiver et d’automne, les profs ont très peu d’impact sur la direction de l’université. Des professeurs d’autres universités se sont vus menacés de lockout (i.e. de fermeture de l’université sans salaire) au début de l’été, justement. Les profs de l’UQAM veulent évidemment éviter cela.

– La grève ne donne rien.

Étrangement, immédiatement après que les profs de l’UQAM eurent voté leurs premières journées de grève, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michèle Courchesne, convoquait la présidente du syndicat des profs pour discuter avec elle. Tout aussi étrangement, la direction de l’UQAM a commencé à reconnaître le bien fondé des «préoccupations» monétaires des profs de l’UQAM tout de suite après le vote de nouvelles journées de grève. Il y a de ces coïncidences…

– La grève est un instrument de revendication dépassé, surtout pour des profs d’université.

On pourrait le souhaiter, mais ce n’est hélas pas le cas. Les profs de presque toutes les universités québécoises (et plusieurs du Canada) ont dû, au cours des années récentes, avoir recours à ce moyen de pression pour défendre leurs conditions de travail. Dans d’autres pays, à l’heure actuelle, en France, notamment, c’est la même chose. En outre, quand les administrations universitaires emploient les mêmes tactiques que les patrons de l’entreprise privée, il devient hélas difficile d’éviter ce genre de moyen de pression.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :